Entretien entre Le Palmier
Africain et le Philosophe Togolais Antoine Koffi Nadjombé, Représentant du FRAC
au Canada ex-Responsable des campagnes d’Amnesty International au Togo. M
Nadjombé nous livre ses impressions sur l’actualité politique au Togo et la situation
des droits de l’homme sous le régime de Faure Gnassingbé.
« M. Gilchrist a fait la sourde oreille sur toutes les mises en garde
que lui avait adressées le peuple togolais… en faisant un saut dans la marre
aux crocodiles. Il mangera et sera mangé à la fin. Et l’histoire
l’oubliera. »
Le Palmier Africain: Mr. Antoine Nadjombé, vous avez été le Directeur
des campagnes d’Amnesty International au Togo entre 1990 et 1999. Le 5 Mai 1999
un rapport d’Amnesty International a évoqué des massacres après les élections
présidentielles 1998 et le rejet de centaines de cadavres par les vagues sur
les plages du Togo et du Benin. S’en
était suivi une action judiciaire engagée du gouvernement togolais contre le Secrétaire
général d’Amnesty d’alors Pierre Sané, puis votre mise aux arrêts du 14 mai au
18 juin 1999, avant de vous réfugier d’abord au Danemark puis au Canada. Avant
tout, pouvez-nous révéler ce qui s’était réellement passé et quelle était
votre responsabilité dans de rapport ?
Antoine Nadjombé: Je veux préciser que j’ai été réfugié
politique au Danemark avant d'entrer au Canada comme immigrant reçu. La raison
est simple, le titre de réfugié (politique, humanitaire ou économique) me
faisait vivre dans un état de victimisation permanent et, ce titre n’est guère
nécessairement libérateur, car, il me mettait en toujours en marge de la
société d’accueil. Ceci est la situation plus ou moins générale que vivent des
réfugiés. Car réfugié dans le contexte occidental est égale : pauvre,
sale, ignorant, sans culture, sans droit, perdu, apatride, qui fait pitié, à
qui tout ce qui est offert est une faveur et doit être pris avec empressement
jubilatoire. Pour revenir au rapport de 1999, intitulé: ` Togo État de Terreur’, ni les autres membres d’Amnesty International
(A.I.), ni moi-même abusivement associés par le régime dictatorial du Togo
n’avions aucun lien de loin ou de près à l’élaboration de ce document qui a été
publié par le Secrétariat international d’Amnesty suite aux visites accordées
par les mêmes autorités togolaises aux chercheurs et spécialises d’A.I. sur le
dossier de l’Afrique de l’Ouest. Donc les autorités togolaises savaient
réellement les vrais auteurs de ce
rapport. Moi, je n’ai été qu’un bouc émissaire, si vous voulez une victime
collatérale du fait que les autorités togolaises voulaient présenter une preuve
visible et tangible à leurs militants volontairement déchaînés. Les détails de
ce malheureux parcourt peut être lu dans mon livre intitulé ‘Togo:
Quand la répression oblige à fuir’ disponible sur mon site internet www.dewarre.com.
Le Palmier Africain: Que pensez-vous de la situation actuelle
des droits de l’homme au Togo sous le règne de Faure Gnassingbé ?
Antoine Nadjombé: La situation des droits de l’homme au
Togo est chaotique, car les Togolaises et Togolais sont humiliés
quotidiennement sur tous les plans: politique, socio-économique et culturel.
Aucune disposition de la déclaration universelle de droit de l’homme, ni de
pacte international des droits relatifs aux droits économiques et
sociaux-culturels, ni de pacte international des droits civils et politiques et
même la charte africaine des droits de l’homme et des peuples n’est appliquée. Les
Togolais ont des droits: celui de mendier, de prostituer et de faire prostitué
nos filles, nos sœurs et nos femmes, d’être humilié devant et par les étrangers
sur notre propre terre natale, de mourir de faim, de ne recevoir aucune
éducation de base, ni professionnelle, ni technique, d’être diplômé à la sueur
de ses sacrifices et ceux de ses parents et devenir un conducteur permanent de
Zémidjan, de n’avoir droits à aucun soin de santé, de transformer nos parents
garants de bonnes mœurs en de menteurs sociaux, histoire de survivre
économiquement et celui de vivre dans un environnement totalement insalubre.
Voilà en résumé quelques droits périlleux garantis 24 heures sur 365 jours sous
le règne totalement dégénéré et endiablé de celui que certains se sont
empressés d’appeler « Faure-vi » devenu aussi rapidement que la vitesse de la
lumière « Faure-gan ».
Le Palmier Africain: Vous qui avez été prisonnier politique au
Togo, dans quelle situation doivent se trouver les compatriotes Guillaume Coco,
Fulbert Attiso et les autres détenus ?
Antoine Nadjombé: Malheureusement, sans vouloir affoler
les familles, amis proches de nos camarades de lutte, Guillaume Coco, Fulbert Attiso
et les autres, je dirai qu’ils seront actuellement dans un pandémonium. La
stratégie de l’ennemi du peuple, celui du régime des Gnassingbé, est d’annihiler
tout gène de résistance dans tous ceux qu’ils font prisonniers politiques. Cela
veut dire qu'ils les mettent dans des conditions de souffrance et des tortures
atroces. Les affaiblir psychologiquement, moralement et physiquement enfin que
ces derniers perdent leurs estimes de soi, renonce à leurs propres valeurs et
se définir comme n’étant rien. Voilà l’objective ultime de la machine
meurtrière du régime que nous combattons. Mais, j’ai l’espoir que la Providence
donnera la protection nécessaire à Coco, Fulbert et les autres de traverser ces
épreuves sans dommages irréversibles et de s’en sortir comme Shadrach, Meshach,
et Abednego, Daniel 3:19-23
Le Palmier Africain: Dans votre livre « Togo:
Quand la répression oblige à fuir » vous dites, je cite « Aujourd’hui il ne reste que trois manières
de vivre pour les Togolais : pratiquer la politique du singe, c'est-à-dire
ne rien dire, collaborer avec le régime, s’opposer ouvertement et fuir pour
continuer par vivre ». Ne pensez-vous pas que Gilchrist Olympio a fait
la même analyse et a choisi la deuxième option c'est-à-dire collaborer
pacifiquement avec le régime pour éviter de mourir a l’étranger?
Antoine Nadjombé : Partons d’abord des faits
historiques : le roi Béhanzin, Toussaint Louverture, et d’autres rois et
figures emblématiques tant du Togo que d’ailleurs sont morts hors des terres
qui les ont vus naître, car, porteurs et défenseurs d’un idéal pour leur
peuple. Ils vivent aujourd’hui éternellement dans la pensée et dans le cœur de
chacun d’entre nous et il en sera ainsi jusqu’à la fin des temps. M. Gilchrist
passe les 3 phases de ce que j’ai énoncé dans mon livre. Pas seulement la deuxième.
Je m’explique: Premièrement, M. Gilchrist a fait la sourde oreille sur toutes
les mises en garde que lui avait adressées le peuple togolais souverain à
travers certains leaders politiques. Il n’avait de raison que lui-même. Deuxièmement,
il a décidé de collaborer avec le régime de la famille Gnassingbé et ses alliés
en faisant un saut dans la marre aux crocodiles. Il mangera et sera mangé à la
fin. Et l’histoire l’oubliera. Troisièmement, on pourra lui accorder le
bénéfice de doute qu’il a lutté dans un premier temps aux côtés du peuple.
Le Palmier Africain: Jadis, Gilchrist Olympio qui était persona
non gratta au Togo vient de signer un accord de paix avec le pouvoir en place
avec une entrée au gouvernement de ses proches.
Des réfugiés politiques d’hier comme Logo Dossouvi sont rentrés pour
travailler avec le nouveau régime.
Peut-on s’attendre a votre retour pour apporter votre pierre à la
construction du Togo aux côtés de Faure Gnassingbé ?
Antoine Nadjombé : Les mots des hommes ne me suffiront pas
pour exprimer ma profonde tristesse et déception à l’endroit des anciens
camarades de lutte avec qui, hier seulement, nous mangions dans la même
assiette et échangions des stratégies qui ont décidé personnellement de changer
de camp, et ce, pendant que nous croisons le fer avec nos ennemis. Ils osent
croire transformer les ennemis de l’intérieur. Erreur grave qui ne saura être
oubliée. Écoutez les paroles que l’Éternel adresse à nos ennemis et aux
traitres à travers Amos : « 2.14 Celui qui est agile ne pourra fuir, Celui qui
a de la force ne pourra s'en servir, Et l'homme vaillant ne sauvera pas sa vie;
2.15 Celui qui manie
l'arc ne résistera pas, Celui qui a les pieds légers n'échappera pas, Et le
cavalier ne sauvera pas sa vie; 2.16 Le plus courageux des
guerriers S'enfuira nu dans ce jour-là, dit l'Éternel ».
À quoi auraient servi toutes ces années de
lutte? Certes l’exile n’est pas aisé et personne ne la se coule douce. À quoi
aurait servi l’assassinat de nos camarades au Ghana soupçonnés de traitrise
avec nos ennemis, si nous-mêmes sommes les pires ennemis du Togo? À quoi aurait
servi l’assassinat des hommes et femmes de valeur qui ont cru en la personne de
M. Gilchrist et d’autres leaders politiques dont les familles et les orphelins
croupissent aujourd’hui dans la misère et la pauvreté au Togo ou dans les camps
de réfugiés un peu partout sur la planète? Il leur (à tous les traitres) sera
préférable de se suicider que de vivre, tel est le prix à payer pour tout
traître. Mathieu, 27 :3-4, car nul ne peut trahir impunément tout un
peuple. Le temps viendra où tous ces individus rendront des comptes vifs ou
morts. Les arguments tels que : « J’ai agi selon la tradition africaine
(togolaise) ou profane, intellectuels…» n’attendriront rien.
Sans prétention, mon engagement pour un Togo libre et démocratique a
commencé quand j’étais encore au Collège d’enseignement général (CEG) de 30 août
de Kpalimé. Pour moi ce n’était pas un saut d’humeur ou un fait circonstanciel,
mais plutôt un appel intérieur pour tenir tête à la dictature d’un seul homme,
car je ne concevais pas si jeune qu’une seule personne pouvait terroriser tout
le Togo. J’ai donc choisi de me combattre du côté des faibles et des opprimés. Je
salue ici toute la population du grand
Kloto et de celle que nous appelions : « la ligne du feu » à savoir de Kpalimé
à Lomé et de Kpalimé à Atakpamé en passant par les plateaux d’Akposso et d’Akébou
pour leur bravoure. Je salue la mémoire de nos camarades tombés, qui sont
aujourd’hui nos martyrs pour l’idéal d’un Togo, un havre de Paix et de
Prospérité, et de tous ceux et celles qui sont encore engagés tant au Togo
qu’ailleurs dans le monde. Pour ce qui me concerne, je reste et resterai avec
le peuple jusqu’à la victoire finale. Cette victoire est là depuis le 04 mars
dernier, il ne lui reste qu’à être accompli. Che Gevara a dit «si j’avance
suivez, si je recule tuez-moi, si je tombe (sur le champ de bataille)
vengez-moi»
Le Palmier Africain : Parlons maintenant du FRAC dont vous en êtes
le Représentant Officiel et Ambassadeur Plénipotentiaire au Canada. Quelle mission vous a confié Jean Pierre
Fabre ?
Antoine Nadjombé: Celle d’être son porte-parole auprès de
nos frères et sœurs du Canada.
Le Palmier Africain: Que d’autre, selon vous, peut faire le
FRAC pour obtenir gain de cause ?
Antoine Nadjombé : Aller chercher la victoire de notre
Président élu, Jean-Pierre Fabre avec le peuple, car, le droit ne se donne pas,
mais s’arrache. Le peuple tant au Togo que dans la diaspora est prêt à aller
chercher sa victoire confisquée. Je voudrais demander à tous les Togolais de
rester mobilisés et vigilants, car, c’est quand on pense avoir tout perdu qu’arrive
la victoire. Soyons forts, éveillés et encourageons-nous mutuellement et ne
succombons pas aux paroles de tentations telles : « nous sommes vendus, à
quoi ça sert de continuer…». Invitons constamment nos frères d’armes à nous
rejoindre à travers nos prières et slogans. Et l’Éternel qui a béni le Togo
donnera le courage à un d’entre eux d’élever son glaive et les autres le suivront.
Le Palmier Africain : Votre mot de fin
Antoine Nadjombé: Nous sommes porteurs(es) d’une semence,
celle d’un Togo libre où le peuple décidera démocratiquement de son avenir.
Cette semence est mise et sera transmise de génération en génération tant aussi
longtemps que durera la lutte pour la libération de notre chère patrie le Togo, l’or de l’humanité. À la famille
Gnassingbé et alliée, je leur demande de reconnaître la victoire du 04 mars
2010 du peuple togolais à travers Jean-Pierre Fabre et de remettre le pouvoir à
ce dernier. Sinon, le jour où le peuple se libérera, ceux d’entre vous qui sont
endormis pendant des décennies seront réveillés de leur sommeil et feront face
à la justice comme ce fut le cas des rois maudits de la France.
Le Palmier Africain : Merci, Monsieur Antoine Nadjombé
Antoine Nadjombé: Merci à vous aussi pour le bon travail
que vous accomplissez.
Interview réalisé par Joël Y. Agbekponou